Faire Lieu

Faire Lieu


Faire lieu est un collectif né du dialogue entre psychanalystes, historiens et chercheurs en sciences sociales et de leur désir de travailler à l'intersection de leurs champs. Leur point de passe pour expérimenter et penser l'articulation de l'inconscient freudien au social historique est la question de l'accueil. Convaincus d'avoir de nouvelles formes de collaboration à inventer, dans des dispositifs qui poussent aux hybridations dans les interstices de leurs écoutes et de leurs présences, ils ont choisi de pratiquer ensemble en institution.

La visée des projets est de cerner, de saisir ce qui fait accueil, ses conditions, ses perspectives, en travaillant aux agencements qui naissent dans la singularité de chaque rencontre et qui permettent ainsi d'ouvrir des espaces autres, potentiels, sans a priori quant aux effets cliniques d'une telle ouverture mais avec le désir qu'elle permette de nouvelles traversées et d'autres modes d'amarrage dans la rencontre.

Nomade et portatif, le collectif s'adresse à des établissements curieux d'une telle recherche et qui espèrent y découvrir un élargissement de leur conception de l'accueil et un point d'appui au travail des équipes. Faire Lieu se propose ainsi d'intervenir dans des institutions du social, du soin et de la recherche, soit auprès des personnes reçues ou bien des équipes qui souhaiteraient relancer par là quelque chose de leurs pratiques et de leur vie institutionnelle, d'en réouvrir l'histoire et ses récits.

L'histoire des possibles

Le premier projet du collectif s'articule à l'ouvroir de potentialités dont les historiens Quentin Deluermoz et Pierre Singaravelou sont à l'initiative. La visée ici est de restituer l'agentivité historique, de faire histoire, d'en être à nouveau acteur.

L'atelier d'histoire partagée a été mis au point par Quentin Deluermoz et Pierre Singaravélou autour de l'histoire des possibles. Il est fondé sur des questions de type contrefactuel proposées par les équipes des institutions ou bien par les personnes accueillies et qu'elles souhaitent travailler. 

S'ouvre alors un espace inédit, entre ce qui a lieu ou ce qui a eu lieu et ce qui pourrait advenir ou aurait pu advenir. Tous ces éléments sont en jeu, des plus loufoques aux plus sérieux. Ni « vrai », ni « faux », il s'agit d'un espace de discussion et d'interprétation, où la parole des participants peut mieux se faire entendre. Cette démarche favorise un débat démocratique, en mettant en œuvre une discussion collective où chacun peut prendre la parole, sans que les connaissances savantes soient niées, mais sans qu'elles se trouvent pour autant placées dans une position surplombante et intimidante. 

Un révolutionnaire de 1789, Joseph Jacotot, a théorisé une forme de pédagogie similaire, redécouverte par Jacques Rancière dans son ouvrage Le Maître ignorant : cette pédagogie, qui postule l'égalité des intelligences, considère que l'éducation, comme la liberté, ne se donne pas, elle se conquiert. La démarche contrefactuelle induit une forme d'appropriation individuelle et collective du matériau historique et du questionnement historien. 

Cet atelier sera suivi de trois séances qui permettent d'y donner suite et qui ont pour visée de laisser venir des modalités d'expression liées à l'expérience et de donner formes aux potentialités surgissant suite au débat, singulières à chacun et à chaque rencontre, dans ce renouvellement des représentations et des imaginaires.

La configuration de ces temps collectifs ira, dans son agencement premier, au plus simple, à une sorte de permanence autour d'un café et de la proposition d'échanger et de continuer à ouvrir à l'invention, aux agencements que permet le fait d'être là ensemble et de ce qui pourrait advenir, à la construction d'une situation en tant qu'elle est un « moment de la vie, concrètement et délibérément construit par l'organisation collective d'une ambiance unitaire et d'un jeu d'événements (...). La seule réussite (...) étant la réussite immédiate de son ambiance et l'augmentation constante de ses pouvoirs. » (Internationale situationniste n°1, 1958).


Membres du collectif: 

Nader Aghakhani, Alexis Armengol, Pablo Cisnéros, Quentin Deluermoz, Raphaël Gallien, Anouche Kunth, Catherine Lemonnier, Hervé Mazurel, Catherine Perret, Yann Potin, Emilie Prot, Lionel Raufast, Violeta Salvatierra, Elizabeth Serin, Pierre Singaravélou, Graciela Torre, Laure Wolmark.

contact: lizabird@gmail.com